Les formes d’intelligence : comprendre la dominante, la secondaire et celles à développer

Guide pour éducateurs, parents et jeunes


Introduction — Il n’existe pas plusieurs intelligences, mais plusieurs formes d’intelligence

Il ne s’agit pas ici de dire qu’un jeune “a” ou “n’a pas” d’intelligence.

Il n’existe pas plusieurs intelligences séparées.

Il existe une intelligence humaine unique — qui s’exprime selon différentes formes d’intelligence.

L’objectif n’est pas d’étiqueter.

Il s’agit de permettre :

  • aux éducateurs de mieux observer,
  • aux parents de mieux comprendre,
  • aux jeunes de mieux se situer.

Chaque personne possède :

  • une forme d’intelligence dominante (celle qui fonctionne spontanément),
  • une forme secondaire (mobilisable avec effort),
  • une ou plusieurs formes peu développées (non inexistantes, mais peu entraînées).

Point capital :

Une forme d’intelligence faible est très souvent une forme peu exercée.

Nous ne sommes pas “plus ou moins intelligents”.

Nous sommes plus ou moins entraînés dans certaines formes d’expression de notre intelligence.


Les principales formes d’intelligence


1. La forme analytique

(raisonner, structurer, comprendre logiquement)

Ce que c’est

La capacité à analyser, organiser, structurer, comprendre des enchaînements logiques.

C’est la forme la plus valorisée par le système scolaire classique.

Signes d’une dominante analytique

  • Besoin de comprendre avant d’agir
  • Goût pour les démonstrations structurées
  • Aisance avec les raisonnements logiques
  • Capacité à découper un problème en étapes
  • Goût pour les matières organisées

Risque si isolée

Sur-analyse, difficulté à passer à l’action.


2. La forme pratique

(agir avec justesse dans le réel)

Ce que c’est

Comprendre par l’action, par l’expérience concrète.

Signes d’une dominante pratique

  • Compréhension par l’expérimentation
  • Sens du concret
  • Efficacité opérationnelle
  • Rapidité dans la résolution de situations réelles

Risque si sous-valorisée

Sentiment d’échec scolaire injuste alors que l’intelligence est bien réelle.


3. La forme verbale et narrative

(penser par les mots)

Ce que c’est

Mettre en mots, expliquer, raconter, structurer une pensée par le langage.

Signes

  • Aisance à l’oral ou à l’écrit
  • Goût pour les textes
  • Compréhension par reformulation

Risque

Parler beaucoup sans toujours incarner.


4. La forme visuelle et spatiale

(voir et représenter mentalement)

Ce que c’est

Penser par images, schémas, représentations mentales.

Signes

  • Mémoire visuelle forte
  • Besoin de schémas
  • Visualisation intérieure des idées

Risque

Être jugé distrait alors que l’intelligence fonctionne par image.


5. La forme relationnelle

(comprendre les dynamiques humaines)

Ce que c’est

Percevoir les émotions, les ambiances, les relations.

Signes

  • Sensibilité aux climats humains
  • Écoute naturelle
  • Capacité à percevoir les non-dits

Risque

Fatigue émotionnelle sans recul suffisant.


6. La forme contemplative

(profondeur et sens)

Ce que c’est

Réfléchir lentement, chercher le sens global.

Signes

  • Besoin de silence
  • Goût pour les grandes questions
  • Pensée profonde mais non rapide

Risque

Être perçu comme lent dans un monde pressé.


7. La forme adaptative

(s’ajuster rapidement au flux)

Ce que c’est

Traiter rapidement de multiples informations et s’adapter à des environnements changeants.

Signes

  • Aisance dans le numérique
  • Capacité à changer vite de tâche
  • Réactivité élevée

Risque

Difficulté à développer la profondeur.


Dominante, secondaire et formes peu développées

Chaque jeune possède :

  • une forme dominante : naturelle, fluide
  • une forme secondaire : accessible avec effort
  • une ou plusieurs formes peu développées

Le problème n’est pas d’avoir une forme faible.

Le problème est de croire qu’elle n’existe pas.


Ce que cela change pour les éducateurs et les parents

Un jeune en difficulté n’est pas nécessairement en manque d’intelligence globale.

Il peut être :

  • en décalage entre sa forme dominante et celle sollicitée
  • peu entraîné dans une forme essentielle
  • épuisé à fonctionner constamment hors de sa dominante

Le système scolaire valorise surtout :

  • la forme analytique
  • la forme verbale
  • la rapidité cognitive

Il sollicite moins :

  • la forme pratique
  • visuelle
  • contemplative
  • relationnelle

D’où de nombreuses mises en échec artificielles.


Les formes d’intelligence se développent comme des muscles

L’intelligence humaine est une faculté vivante.

Ses formes d’expression se développent par l’exercice.

Elles fonctionnent comme des muscles.

Si vous ne faites jamais de pompes,

vos bras ne disparaissent pas.

Mais ils ne se développent pas.

Il en va de même :

  • La forme analytique se renforce par l’entraînement logique.
  • La forme pratique par l’action répétée.
  • La forme relationnelle par l’expérience humaine réelle.
  • La forme contemplative par le silence et le temps long.
  • La forme adaptative par la gestion du flux.
  • La forme verbale par l’expression régulière.
  • La forme visuelle par la représentation.

Ce qui n’est pas exercé reste faible.

Ce qui est entraîné progresse.

L’objectif éducatif n’est pas d’enfermer un jeune dans sa dominante.

Il s’agit :

  • d’appuyer sur sa force,
  • de consolider sa secondaire,
  • d’entraîner progressivement ses formes moins développées.

Conclusion

La question n’est pas :

“Ce jeune est-il intelligent ?”

Mais :

“Sous quelles formes son intelligence s’exprime-t-elle ?”

Former un jeune ne consiste pas à produire une seule forme performante.

C’est permettre à l’intelligence humaine de se déployer dans sa diversité :

  • comprendre,
  • agir,
  • relier,
  • réfléchir,
  • s’adapter,
  • représenter,
  • exprimer.

Autrement dit :

non pas une intelligence uniforme,

mais une intelligence pleinement humaine.

Cyril Brun