« Je manque de volonté » : et si le vrai problème était ailleurs ?

Beaucoup de personnes pensent aujourd’hui manquer de volonté.

Elles commencent des projets qu’elles n’achèvent pas.

Elles prennent des résolutions qu’elles abandonnent quelques semaines plus tard.

Elles voient leurs décisions s’effriter avec le temps.

La conclusion semble évidente :

le problème serait la volonté.

Il faudrait davantage de discipline, davantage d’effort, davantage de maîtrise de soi.

Mais si l’on regarde certaines vies de plus près, une autre hypothèse apparaît.

Car la volonté disparaît rarement.

Ce qui disparaît beaucoup plus souvent, c’est la clarté de ce qui mérite réellement d’être poursuivi.


La volonté ne naît pas dans le vide

On imagine volontiers la volonté comme une sorte de force intérieure qui permettrait de se contraindre soi-même.

Comme un muscle psychologique : certains en auraient beaucoup, d’autres très peu.

Mais l’expérience humaine montre autre chose.

Personne ne veut dans le vide.

La volonté apparaît toujours parce que quelque chose nous semble bon, désirable, digne d’être poursuivi.

Autrement dit :

la volonté ne précède pas le bien.

Elle naît de la rencontre avec un bien.


Comment naît réellement une décision

Dans la vie réelle, le mouvement est presque toujours le même.

D’abord, quelque chose attire.

Un projet.

Une activité.

Une personne.

Une possibilité de vie.

C’est le désir.

Ensuite vient une question plus profonde :

« Est-ce vraiment bon pour moi ? »

C’est ici que l’intelligence intervient.

Elle examine, elle pèse, elle discerne.

Et seulement après ce moment apparaît la volonté.

La volonté consiste alors à dire intérieurement :

« Oui. C’est cela que je veux poursuivre. »


Quand la volonté se fatigue

Mais il arrive qu’une personne s’engage dans une direction sans cette adhésion profonde.

La voie paraît logique.

Elle semble raisonnable.

Elle est parfois valorisée par l’entourage.

Alors on avance.

Pendant un temps, l’énergie est là.

Mais peu à peu, quelque chose se dérègle.

L’effort devient lourd.

La motivation diminue.

La fatigue s’installe.

Et la conclusion tombe :

« Je manque de volonté. »

En réalité, la volonté n’a pas forcément disparu.

C’est le bien poursuivi qui n’était pas assez clair.


Un phénomène très fréquent

On retrouve cette situation dans de nombreux parcours.

Une personne suit une voie cohérente, parfois prestigieuse.

Elle avance pendant plusieurs années.

Puis, un jour, quelque chose se fissure.

La fatigue apparaît.

Le sens se brouille.

Et l’on parle alors de crise, de burn-out ou de reconversion.

Mais lorsque l’on examine ces situations de plus près, on découvre souvent autre chose.

Le problème n’était pas l’effort.

Le problème était le point de départ.


Quand la volonté revient

Il arrive aussi que l’on observe le phénomène inverse.

Une personne change de direction.

Un cadre devient enseignant.

Un ingénieur se tourne vers l’artisanat.

Un professionnel choisit la transmission.

Et soudain, l’énergie revient.

La personne travaille parfois davantage qu’avant.

Mais elle ne parle plus d’effort.

Pourquoi ?

Parce que la volonté n’est plus tirée de l’extérieur.

Elle est portée par quelque chose qui lui apparaît vraiment digne d’être voulu.


Peut-être la vraie crise de notre époque

On parle beaucoup aujourd’hui de fatigue, de démotivation ou de perte de volonté.

Mais la difficulté pourrait être plus profonde.

Notre époque ne souffre peut-être pas d’abord d’une faiblesse de la volonté.

Elle souffre d’une difficulté croissante à reconnaître les biens capables d’ordonner une vie humaine.

Lorsque ces biens deviennent flous, la volonté se disperse.

Elle ne disparaît pas.

Elle ne sait simplement plus où se porter.


Retrouver la lumière du vouloir

La solution n’est donc pas seulement de renforcer la volonté.

La question est plus fondamentale.

Elle consiste à retrouver les biens qui donnent une direction à l’existence.

Car la volonté humaine ne manque presque jamais d’énergie.

Elle manque parfois de lumière.

Et lorsque cette lumière apparaît — lorsqu’un bien véritable se révèle — quelque chose change profondément.

L’effort cesse d’être une contrainte.

Il devient le mouvement naturel d’une vie qui sait enfin où elle veut aller.

Cyril Brun