Introduction
Une question en apparence simple, un trouble beaucoup plus profond
Parmi les recherches les plus fréquentes des jeunes concernant leur orientation scolaire et professionnelle, la question
« comment savoir ce que je veux vraiment » revient de manière insistante.
Elle peut sembler anodine, presque naturelle dans un monde où l’on valorise l’épanouissement personnel et l’expression de soi. Pourtant, lorsqu’on observe attentivement cette formulation et le contexte dans lequel elle apparaît, elle révèle une difficulté bien plus profonde qu’un simple manque d’idées ou de motivation.
Le fait que cette question soit adressée à Google est déjà en soi révélateur.
Les jeunes ne cherchent pas seulement une réponse ou une méthode ; ils cherchent un point d’appui extérieur pour trancher une question intérieure qu’ils ne parviennent plus à résoudre seuls.
Qui sont les jeunes qui posent cette question ?
Contrairement aux idées reçues,
« comment savoir ce que je veux vraiment » n’est pas une question posée par des jeunes passifs ou désengagés.
Elle apparaît au contraire très souvent chez des profils qui fonctionnent bien, parfois même très bien, dans les cadres scolaires, universitaires ou professionnels.
On retrouve cette recherche chez :
- des jeunes capables de s’adapter à des contextes variés ;
- des profils sérieux, compétents, parfois déjà engagés dans des parcours valorisés ;
- des jeunes attentifs au regard des autres et aux normes sociales ;
- des jeunes aux centres d’intérêt multiples, mais sans hiérarchie intérieure claire.
Ces jeunes ne manquent ni d’intelligence, ni d’envies.
Ce qui fait défaut n’est pas le désir lui-même, mais la capacité à s’y fier.
D’où est posée la question ?
Cette question n’est pas toujours portée par l’angoisse ou l’urgence.
Elle est souvent formulée depuis un état plus diffus, mais plus durable : un flou intérieur persistant.
Le jeune avance, parfois avec succès.
Il fait ce qui est attendu, ce qui est raisonnable, ce qui semble cohérent.
Pourtant, quelque chose ne s’ajuste pas. Il a le sentiment d’agir sans se reconnaître pleinement dans ce qu’il fait.
La question surgit lorsque l’écart entre l’action et l’adhésion intérieure devient trop grand pour être ignoré.
Une difficulté discrète mais structurante
À la différence de la peur de se tromper, cette difficulté ne bloque pas immédiatement la décision.
Elle permet même parfois de réussir extérieurement.
Mais elle installe un trouble plus insidieux.
À force de s’adapter, de répondre aux attentes, de rationaliser ses choix d’études ou de parcours professionnel, le jeune peut perdre progressivement le contact avec ce qui le met réellement en mouvement.
Le risque n’est pas la crise brutale, mais l’effacement progressif du repère intérieur à partir duquel une vie se construit.
Ce que veut vraiment dire
« comment savoir ce que je veux vraiment »
Dans la majorité des cas, cette question ne signifie pas :
- comment trouver une passion ;
- comment identifier un métier idéal.
Elle recouvre des interrogations beaucoup plus fondamentales :
- comment distinguer ce qui vient de moi de ce qui vient des autres ?
- puis-je me fier à ce que je ressens sans me tromper ?
- ce que je veux est-il légitime, ou simplement raisonnable ?
- comment être sûr que je ne me raconte pas une histoire ?
Il ne s’agit pas d’un manque de désir, mais d’une perte de confiance dans la capacité à discerner.
Le jeune doute moins de ce qu’il ressent que de la valeur de ce qu’il ressent.
Ce que Google propose comme réponses
Lorsqu’un jeune tape
« comment savoir ce que je veux vraiment »,
Google lui propose principalement :
- des tests de personnalité ;
- des questionnaires d’intérêts ;
- des listes de valeurs ou de passions ;
- des exercices projectifs rapides.
Ces réponses reposent sur une hypothèse implicite :
le désir serait déjà là, clairement identifiable, et il suffirait d’un bon outil pour le faire émerger.
Le décalage entre la question et les réponses
C’est ici que se situe le cœur du problème.
Le jeune exprime une difficulté à s’appuyer sur son propre jugement, tandis que les réponses proposées l’invitent à se définir, à se projeter, à se comparer.
Or, lorsque la confiance intérieure est fragilisée, la multiplication des outils et des tests ne fait souvent qu’accentuer le doute.
Le désir n’a pas besoin d’être extrait.
Il a besoin de conditions favorables pour réapparaître :
du temps, de la sécurité intérieure, un espace où il n’est pas immédiatement évalué ou rationalisé.
Déplacer la question pour ouvrir le discernement
Pour qu’un travail réel soit possible, la question doit être déplacée.
Plutôt que de demander :
- comment savoir ce que je veux vraiment ?
il devient plus juste de se demander :
- qu’est-ce qui m’empêche de m’appuyer sur ce que je ressens ?
- à quel moment ai-je cessé de me faire confiance ?
- ai-je encore le droit de ne pas savoir ?
Ce déplacement est essentiel.
Il transforme une quête de certitude en un chemin de réappropriation intérieure.
Ce que serait une réponse réellement ajustée
Une réponse juste à cette question ne peut pas se réduire à un test ou à une méthode rapide.
Elle suppose :
- de reconnaître le flou sans le pathologiser ;
- de distinguer désir personnel, pression sociale et adaptation ;
- de réhabiliter le temps comme composante essentielle du discernement ;
- de redonner confiance dans la capacité à sentir, éprouver et ajuster.
Il ne s’agit pas d’aider un jeune à « trouver » ce qu’il veut,
mais de lui permettre de se réappuyer progressivement sur son propre jugement.
Conclusion
Ce que révèle le recours à Google, au-delà de la question posée
Si les jeunes demandent aujourd’hui à Google comment savoir ce qu’ils veulent vraiment, ce n’est pas parce qu’ils pensent que la machine détient la réponse.
C’est parce qu’ils ne savent plus à qui — ni même à quoi en eux — se fier.
Pour les adultes qui accompagnent des jeunes dans leurs choix d’orientation et de vie, l’enjeu est clair :
tant que des questions de discernement seront traitées comme des problèmes de clarification technique, le malaise persistera.
Écouter ce que ces recherches disent réellement permet de comprendre que ce dont les jeunes manquent le plus n’est pas d’outils,
mais de lieux où la confiance intérieure peut se reconstruire.
Cyril Brun

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