« J’ai peur de me tromper » Ce que révèlent les recherches Google des jeunes sur l’orientation


Introduction

Une question simple, un malaise profond

Parmi les nombreuses questions que les jeunes formulent aujourd’hui sur Google à propos de leur avenir, l’une revient avec une fréquence frappante : « j’ai peur de me tromper ».

Cette recherche peut sembler banale, presque évidente. Elle est pourtant révélatrice d’un malaise bien plus profond que ce qu’elle laisse apparaître.

Le simple fait que cette question soit massivement adressée à un moteur de recherche constitue déjà un indice important : les jeunes ne cherchent pas seulement une information, mais un lieu où déposer une inquiétude intime. Comprendre ce que signifie réellement cette question est devenu un enjeu central pour tous ceux qui accompagnent des jeunes dans leurs choix d’orientation et de vie.


Qui sont les jeunes qui tapent « j’ai peur de me tromper » ?

Contrairement à une idée répandue, cette peur n’est pas majoritairement exprimée par des jeunes désengagés ou en difficulté scolaire. Elle apparaît au contraire très souvent chez des profils perçus comme solides.

On la retrouve notamment chez :

  • des élèves sérieux, parfois très investis scolairement ;
  • des jeunes reconnus pour leur fiabilité et leur sens des responsabilités ;
  • des aînés de fratrie ou des jeunes ayant dû « tenir » tôt dans leur environnement familial ;
  • des profils lucides, capables d’analyse, mais inquiets de mal se connaître.

Un point commun se dégage nettement : ces jeunes ne manquent pas de maturité. Ils sont souvent en excès de responsabilité. Leur peur n’est pas celle de l’échec visible, mais celle de l’erreur irréversible.


D’où est posée cette question ?

La recherche « j’ai peur de me tromper » n’est pas formulée dans l’urgence émotionnelle ou la panique. Elle émerge d’un état beaucoup plus discret, mais durable.

Il s’agit d’un moment de suspension intérieure :

  • le jeune avance encore,
  • il fonctionne,
  • mais il ne parvient plus à décider sereinement.

C’est l’instant avant le choix, vécu non pas comme une opportunité, mais comme un risque moral. La gravité de la situation est intérieure, peu visible de l’extérieur, ce qui explique qu’elle soit souvent sous-estimée par les adultes.


Une urgence silencieuse

Cette peur ne bloque pas toujours l’action immédiate. Beaucoup de jeunes continuent leurs études, s’inscrivent dans des parcours « logiques », répondent aux attentes. Pourtant, la peur s’installe.

Il s’agit d’une urgence silencieuse :

  • la question revient régulièrement,
  • elle use,
  • elle empêche d’habiter pleinement les décisions prises.

Le véritable danger n’est pas tant le mauvais choix que l’immobilisation prolongée, nourrie par une peur qui n’a pas trouvé d’espace pour être comprise.


Ce que veut vraiment dire « j’ai peur de me tromper »

Dans la majorité des cas, cette formulation ne signifie pas :

  • « j’ai peur de choisir la mauvaise filière »,
  • ou « j’ai peur de me tromper techniquement ».

Elle recouvre des inquiétudes beaucoup plus profondes, rarement formulées explicitement :

  • peur de se tromper sur soi-même ;
  • peur que le choix engage toute une identité ;
  • peur de découvrir ses propres limites ;
  • peur de décevoir ceux qui ont placé des attentes ;
  • peur de perdre du temps et de ne pas pouvoir le rattraper.

Il s’agit donc d’une peur identitaire, et non simplement décisionnelle. Or, les jeunes n’ont souvent ni les mots ni les interlocuteurs pour l’exprimer ainsi.


Ce que Google propose comme réponses

Lorsqu’un jeune tape « j’ai peur de me tromper », Google lui renvoie principalement :

  • des conseils pour « limiter les risques » ;
  • des listes de métiers ou de parcours présentés comme sûrs ;
  • des stratégies de sécurisation ;
  • des témoignages destinés à rassurer.

Ces réponses reposent sur une hypothèse implicite : la peur serait un problème à résoudre par plus d’information, plus de comparaison, ou plus d’optimisation.


Le décalage entre la question et les réponses

C’est ici que se situe le cœur du problème.

Le jeune formule une inquiétude existentielle — liée à son identité, à sa valeur, à sa place — mais reçoit en retour des réponses techniques. La peur n’est pas réellement entendue ; elle est contournée.

Or, une peur qui n’est pas reconnue ne disparaît pas. Elle se déplace, se renforce ou finit par gouverner les choix, parfois de manière invisible. Ce décalage explique pourquoi de nombreux dispositifs d’orientation, pourtant bien intentionnés, échouent à apaiser durablement cette inquiétude.


Déplacer la question pour permettre le discernement

Pour qu’un travail réel soit possible, la question doit souvent être reformulée.

Il ne s’agit pas de chercher comment « ne plus avoir peur », mais de comprendre ce que cette peur signifie.

Des questions comme :

  • de quoi ai-je réellement peur quand je parle de me tromper ?
  • qu’est-ce que cette peur cherche à protéger ?
  • suis-je en train de choisir, ou de me juger ?

permettent de déplacer le regard : on passe de la recherche de sécurité à un véritable travail de discernement.


Ce que serait une réponse réellement ajustée

Une réponse juste à la peur de se tromper ne peut être ni rapide, ni standardisée. Elle ne consiste pas à fournir un plan ou une solution immédiate.

Elle suppose au contraire :

  • de reconnaître la peur sans la dramatiser ;
  • de la replacer dans une trajectoire humaine normale ;
  • de redonner de la liberté intérieure sans encourager l’imprudence ;
  • de réintroduire du discernement là où il n’y avait que du jugement de soi.

Il ne s’agit pas d’aider à choisir plus vite, mais d’aider à choisir sans se trahir.


Conclusion

Écouter ce que Google révèle, sans lui demander ce qu’il ne peut pas donner

Le recours massif à Google pour des questions comme « j’ai peur de me tromper » n’est pas anodin. Il révèle moins une dépendance à la technologie qu’un manque d’interlocuteurs capables d’accueillir des questions existentielles sans les réduire.

Pour les adultes qui accompagnent des jeunes, l’enjeu est clair : avant de répondre, il faut comprendre la nature réelle de la question posée. Tant que des inquiétudes identitaires seront traitées comme de simples problèmes d’orientation, le décalage persistera.

Écouter ce que ces recherches disent — vraiment — est aujourd’hui une responsabilité majeure.

Cyril Brun