Toi le jeune qui cherches sans trouver

Tu avances. Tu fais ce qu’il faut.

Mais intérieurement, quelque chose ne s’installe pas vraiment.

Ce texte s’adresse à toi si tu cherches moins “quoi faire” que comment ne plus vivre contre toi.

Tu vas sur Google.

Pas pour chercher un métier.

Pas pour comparer des écoles.

Tu tapes plutôt des phrases comme :

« je ne sais pas quoi faire de ma vie »,

« est-ce normal de ne pas savoir »,

« je me sens à côté de ce que je fais ».

Si tu tapes ça, ce n’est pas par curiosité.

C’est parce que quelque chose ne se pose pas.

Tu avances pourtant.

Tu fais ce qu’il faut.

Tu n’es pas en échec.

Mais intérieurement, ça ne s’installe pas vraiment.

Tu tiens.

Tu assures.

Mais tu ne te reconnais pas complètement dans ce que tu vis.

Alors on te parle d’orientation.

On te parle de choix.

On te demande de décider.

Mais comment choisir quand tu ne sais même pas ce qu’il te faut ?

On confond souvent deux choses.

Choisir, et discerner.

Choisir, c’est comparer des options.

Discerner, c’est comprendre ce dont tu as besoin pour tenir dans ta vie.

Tant que tu cherches seulement « quoi faire »,

tu risques de tourner en rond.

La vraie question, au départ, est plus simple et plus exigeante :

qu’est-ce qu’il me faut pour être bien dans ma peau, dans ma tête, dans ma vie ?

Pas pour être parfait.

Pas pour réussir aux yeux des autres.

Mais pour être ajusté à toi.

Commence par ton corps.

Pas ce que tu sais faire aujourd’hui.

Ce qu’il te demande vraiment.

Est-ce que tu vas mieux quand tu bouges ou quand tu te poses ?

Est-ce que la routine t’apaise ou t’éteint ?

Est-ce que tu as besoin de rythme ou de variété ?

Attention :

si aujourd’hui tu n’arrives pas à courir,

ce n’est peut-être pas parce que tu ne peux pas,

mais parce que tu n’as jamais essayé.

Ne prends pas une habitude pour une limite.

Ne prends pas une peur pour une vérité.

Regarde aussi comment tu comprends le monde.

Est-ce que tu comprends en réfléchissant longtemps ?

En observant ?

En faisant ?

En expliquant aux autres ?

Il n’y a pas une bonne manière de comprendre.

Il y a la tienne.

Le problème n’est pas de ne pas être bon partout.

Le problème, c’est de te forcer là où tu ne fonctionnes pas.

Regarde ensuite ta manière de vivre les relations.

Est-ce que tu as besoin d’être entouré ?

Ou au contraire d’être souvent seul ?

Sois honnête avec toi.

Est-ce un besoin réel…

ou est-ce une peur de te retrouver face à toi-même ?

Tout ce qui ressemble à un besoin n’en est pas forcément un.

Parfois, c’est juste un endroit que tu n’as jamais travaillé.

À ce stade, il faut que tu apprennes à distinguer quatre choses.

Ce que tu ne pourras jamais changer.

Ça, il faudra l’accepter.

Ce que tu peux développer.

Ça, il faudra le travailler.

Ce qui est un manque.

Ça, il faudra le soigner.

Et ce qui est un vrai besoin.

Ça, il faudra le respecter.

Si tu ne fais pas cette distinction,

tu risques de t’interdire des choses par peur,

ou de t’enfermer dans des sécurités qui ne te ressemblent pas.

Le discernement ne part pas seulement de ce que tu es aujourd’hui.

Il part aussi de ce que tu peux devenir

si tu acceptes de travailler certains endroits de toi.

Une peur n’est pas toujours un « non ».

Mais une fatigue profonde est rarement un « oui ».

Une fois que tu as fait ce travail-là,

quelque chose commence à apparaître.

Des choses t’attirent.

Des sujets reviennent.

Des domaines te parlent.

Peut-être les trains.

Peut-être la cuisine.

Peut-être l’armée.

Peut-être le soin.

Peut-être le bricolage.

Ce n’est pas encore un métier.

C’est un terrain.

Aimer les trains, ce n’est pas encore savoir quoi faire.

La vraie question, c’est :

qu’est-ce que tu aimes faire avec ça ?

Voyager ?

Réparer ?

Construire ?

Organiser ?

Protéger ?

C’est comme ça que les pistes deviennent concrètes.

À ce moment-là, une chose est importante :

ne reste pas seul.

Tu peux réfléchir seul.

Mais tu ne peux pas toujours te comprendre seul.

Tu as des angles morts.

Des peurs que tu prends pour des limites.

Des forces que tu banalises.

Si tu parles à Google,

ce n’est pas parce que tu préfères un écran à un humain.

C’est souvent parce que tu as peur d’être jugé,

qu’on te presse,

ou qu’on décide à ta place.

Un bon adulte n’est pas celui qui sait quoi faire pour toi.

C’est celui qui t’aide à y voir plus clair.

Enfin, si quelque chose commence à émerger,

donne-lui une place.

Même petite.

Même imparfaite.

Si tu aimes transmettre, transmets déjà.

Si tu aimes créer, crée déjà.

Si tu aimes aider, aide déjà.

Ce qui n’a aucune place dans ta semaine

n’aura jamais de place dans ta vie.

Tu n’as pas à décider ta vie aujourd’hui.

Mais tu peux commencer à ne plus vivre contre toi.

Le discernement n’est pas une réponse rapide.

C’est une compréhension qui se construit.

Et cette compréhension grandit en même temps que toi.

Cyril Brun