Il y a des crises professionnelles qui semblent surgir de nulle part.
À trente ans, parfois un peu plus, parfois un peu moins, quelque chose se fissure.
Le travail est là. Le poste est correct. Le parcours est cohérent.
Et pourtant, un malaise s’installe.
Un sentiment diffus de décalage.
Une fatigue qui ne s’explique pas seulement par la charge de travail.
L’impression de ne pas être exactement à sa place, sans savoir dire où serait la bonne.
On parle alors de “reconversion”, de “burn-out”, de “quête de sens”.
Mais bien souvent, le problème est plus ancien.
Il remonte au moment de l’orientation scolaire.
Le tourbillon des choix à 18 ans
À 17 ou 18 ans, on demande à un jeune de choisir.
Choisir une filière.
Choisir des études.
Choisir, déjà, un avenir.
Et plus on lui demande de choisir, plus les questions se bousculent :
Et si je me trompe ?
Et si je fais le mauvais choix ?
Est-ce que je suis vraiment fait pour quelque chose ?
Est-ce que je choisis pour moi ou pour rassurer mes parents ?
Pourquoi les autres ont l’air de savoir, et pas moi ?
Ces questions n’arrivent pas une par une.
Elles forment un tourbillon.
Alors on fait ce que l’on peut :
on s’appuie sur ses résultats,
sur ce qui “ouvre des portes”,
sur ce qui paraît raisonnable.
Le choix est souvent intelligent.
Il est rarement profondément ajusté.
Quand le point de départ n’est pas le bon
Prenons un cas très fréquent.
Un jeune brillant en mathématiques.
De très bons résultats.
Un dossier solide.
On l’oriente naturellement vers des études exigeantes, prestigieuses, logiques.
Il réussit. Il avance. Il construit.
Mais ce que personne n’a vraiment pris le temps de regarder,
c’est ce qui le mettait intérieurement en mouvement.
Ce qui l’animait profondément n’était pas la performance intellectuelle en elle-même,
mais le fait d’accompagner, de comprendre des systèmes complexes,
de réfléchir à des enjeux humains ou environnementaux.
À 18 ans, ce décalage est invisible.
À 30 ans, il devient pesant.
Le malaise ne vient pas d’un “mauvais métier”.
Il vient d’un point de départ mal éclairé.
Le problème n’est pas le choix, mais l’origine du choix
Ce que beaucoup découvrent tardivement,
c’est qu’on ne peut pas construire une trajectoire juste
sans savoir à partir de qui on la construit.
Quand la connaissance de soi est absente,
chaque décision devient fragile.
On avance, mais sans véritable boussole intérieure.
On tient, mais sans se sentir pleinement habité par ce que l’on fait.
Et ce qui n’a pas été éclairé à 18 ans
revient souvent frapper à la porte à 30.
Une question ancienne, toujours actuelle
Il y a plus de deux mille ans, Socrate posait déjà la question décisive :
“Connais-toi toi-même.”
Non pour enfermer,
mais pour rendre libre.
Comprendre qui l’on est ne supprime pas les difficultés.
Mais cela change radicalement la manière de choisir.
Quand la connaissance de soi est là,
certains chemins cessent naturellement d’attirer,
d’autres deviennent évidents,
et des possibilités jusque-là invisibles apparaissent.
L’orientation cesse alors d’être une menace.
Elle devient une réponse.
Le point de départ
Beaucoup de crises professionnelles ne sont pas des accidents.
Ce sont des retours.
Des retours vers une question qui n’a pas été suffisamment posée au départ.
On ne construit pas une vie solide
à partir de la peur ou de la pression.
On la construit à partir de ce que l’on est.
Le véritable point de départ n’est pas un métier.
C’est la connaissance de soi.

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